News Durabilité - écologie Economie circulaire

Intégrer la durabilité dans la construction : plus qu’un enjeu environnemental

Comment intégrer la durabilité dans la planification et la construction d’un bâtiment ? Cette question, posée à Martine Schummer, membre de la direction de Schroeder & Associés, dans le podcast du 24 avril d’Enovos « Gréng op den Oueren », ouvre la voie à une réflexion plus large. Car aujourd’hui, construire durablement n’est plus une option mais une nécessité, même si, dans la pratique, les contraintes budgétaires viennent encore trop souvent en limiter la portée.

Construire durablement :
au-delà de la longévité

« Un bâtiment n’est pas durable simplement parce qu’il traverse les décennies. » explique Martine Schummer. Selon elle, « La véritable durabilité réside dans sa capacité à limiter son impact environnemental tout au long de son cycle de vie. Cela implique de réduire au maximum son empreinte carbone, de sélectionner des matériaux adaptés et d’éviter toute surconsommation de ressources. » Une idée forte émerge d’ailleurs de cette réflexion : le bâtiment le plus durable est celui qui n’est pas construit. « Une idée qui peut sembler paradoxal pour un bureau d’ingénieurs-conseils. » confie-t-elle avec le sourire. Entre cette logique de sobriété et les besoins réels, il s’agit donc de trouver un équilibre en construisant de manière intelligente et responsable.

Un secteur clé
pour agir concrètement

« Au Luxembourg, le secteur de la construction pèse lourdement sur l’environnement : il est responsable d’environ 37 % des émissions de CO₂, génère jusqu’à 80 % des déchets et représente près de 40 % de la consommation énergétique », précise l’ingénieure. Des chiffres qui illustrent clairement l’ampleur de l’enjeu et le potentiel d’impact d’un changement de pratiques. Dans ce contexte, des acteurs comme Schroeder & Associés considèrent cette réalité comme un véritable levier : repenser les méthodes de construction devient à la fois une responsabilité incontournable et une source d’innovation.

Un bâtiment comme reflet
d’une culture d’entreprise

Le siège de Schroeder & Associés – inauguré en 2020 - illustre parfaitement cette vision. « Pensé et conçu en interne, notre bâtiment ne se limite pas à répondre à des critères techniques ; il incarne les valeurs de l’entreprise. » explique Martine Schummer. « Les espaces ont été imaginés pour offrir flexibilité et confort, avec des zones de collaboration, une acoustique soignée et des structures modulables capables d’évoluer dans le temps. Le choix des matériaux, comme une façade en bois isolée à la cellulose, s’inscrit dans une démarche cohérente avec les objectifs environnementaux. »

Mais la durabilité ne s’arrête pas au bâti. Elle s’exprime aussi dans l’organisation du travail, avec des pratiques plus flexibles, une approche « paperless » et une attention portée au bien-être des collaborateurs. 

Une stratégie structurée
pour aller plus loin

« En 2022, nous avons formalisé notre engagement à travers un plan stratégique à horizon 2030, articulé autour de trois axes : la durabilité, l’excellence et les services intégrés. Cette approche permet d’inclure les enjeux environnementaux dans tous les domaines, tout en maintenant un haut niveau de qualité pour les clients et en proposant des solutions globales. » détaille Martine Schummer.

Concrètement, cette stratégie s’est traduite par des initiatives variées, comme l’organisation d’un « Sustainability Camp » favorisant l’innovation interne, la mise en place d’un catalogue de prestations durables, la réalisation de bilans carbone ou encore l’élaboration d’une charte d’achat responsable avec les partenaires.

Entre ambitions
et contraintes

Malgré cette dynamique, les défis restent nombreux. Selon l’ingénieure, « L’un des principaux obstacles réside dans la question des coûts. Car si certains clients, notamment les communes engagées dans des pactes climatiques, facilitent l’intégration de solutions durables, d’autres hésitent encore face aux investissements nécessaires. Dans ces situations, les éléments liés à la durabilité sont parfois les premiers à être remis en question, ce qui peut générer de la frustration bien entendu. »

Cependant, une conception intégrée dès le début du projet ainsi que la prise en compte des coûts de cycle de vie en complément des coûts d’investissement initiaux permettent de relativiser la discussion des surcouts pour la durabilité. De même, des solutions durables, comme l’utilisation de ressources locales, à l’image du bois issu des forêts communales, permettent de concilier enjeux économiques et écologiques. 

Des alternatives existent néanmoins, comme l’utilisation de ressources locales, à l’image du bois issu des forêts communales, qui permet de concilier enjeux économiques et écologiques.

Des projets concrets
qui montrent la voie

« Pour le volet du bois local, la crèche de Roodt-sur-Syre constitue un exemple particulièrement marquant. » détaille l’experte. « Ce projet, porté par la commune de Betzdorf, a permis d’explorer des solutions innovantes en privilégiant une construction en bois local et en intégrant des matériaux naturels comme la terre crue. » 

Une attention particulière a également été portée à l’économie circulaire, avec la réutilisation de matériaux issus d’anciens bâtiments, comme du parquet.

Cette logique de réemploi s’inscrit dans une tendance plus large. Aujourd’hui, les réglementations imposent de mieux inventorier les matériaux présents dans les bâtiments existants afin d’envisager leur réutilisation. Des plateformes dédiées facilitent ces échanges, même si le marché doit encore évoluer pour intégrer pleinement ces pratiques.

Penser à l’échelle
du quartier

Le projet « Metzeschmelz » illustre quant à lui une approche encore plus globale. Sur cet ancien site industriel, l’enjeu ne se limite pas à la construction de nouveaux bâtiments, mais concerne la transformation complète d’un territoire. « Dépollution des sols, choix de conservation ou de démolition des structures existantes, réutilisation des matériaux et gestion des ressources sont autant de défis qui nécessitent une vision à long terme. » explique l’experte. « Si ces transformations demandent du temps, elles ouvrent la voie à des modèles urbains plus durables et plus cohérents. »

En savoir +

www.journal.lu